Emmanuelle Josse, La Déferlante : « Les femmes lisent beaucoup, les féministes encore plus »

Emmanuelle Josse est cofondatrice de La Déferlante, une revue trimestrielle et une newsletter indépendantes qui vient de lancer sa maison d’édition. Elle est l’invitée du troisième épisode de la deuxième saison de Chemins, le podcast de Médianes.

Marine Slavitch
Marine Slavitch

Dans ce troisième épisode de la deuxième saison de Chemins, nous recevons Emmanuelle Josse, cofondatrice de la revue féministe La Déferlante, lancée en 2021. Deux ans et dix numéros plus tard, La Déferlante développe sa propre maison d’édition dans le but de poursuivre le récit des révolutions féministes. Au programme ? La publication de 2 à 5 titres par an, entre essais, récits ou livres photos. Comment gérer le lancement d’une maison d’édition en parallèle de sa revue ? Quelles sont les étapes clés ?

🎧
Écoutez dès maintenant les épisodes de Chemins, saison 2, sur Spotify, Apple Podcasts, Google Podcasts, ou via notre flux RSS.

Les points clés

Au total, sur chaque numéro de La Déferlante, une soixante de personnes interviennent à la fois sur l’écriture des articles, les illustrations et le travail de correction. Tal Madesta, auteur du premier livre publié par les éditions La Déferlante — La fin des monstres — faisait justement partie des chroniqueurs réguliers de la revue. Sa voix a séduit les cofondatrices.

 « Toute cette équipe autour de la revue, cela fait beaucoup de monde. En comparaison, pour un livre comme celui de Tal Madesta, on avance en équipe resserrée. Il n’y a qu’un auteur ou une autrice avec qui dialoguer. Cela a donc été relativement simple et facilité par le fait que les libraires nous identifiaient déjà. La revue marche très bien en librairie, on est à 5000 exemplaires vendus par numéro, ce qui est rare pour une revue. Les femmes lisent beaucoup, les féministes encore plus. »

La fin des monstres, de Tal Madesta. La Déferlante Éditions .

Le contenu des livres de la maison d’édition est différent de celui de la revue. 

 « La maison d’édition n’a pas pour ambition de découper la revue en petits morceaux et d’en faire des livres. Si les gens font le lien entre la revue et les livres, tant mieux. D’autant qu’on a mené une campagne de communication axée sur les deux, cela aurait été dommage de s’en priver. »

L’équipe de La Déferlante a lancé une campagne de préventes avant le lancement du livre. Un moyen de construire leur propre agenda, sans pour autant cannibaliser les ventes futures en librairie.

 « La campagne de préventes était un moyen de parler du livre en amont. Là où l’économie du livre se différencie de l’économie des médias, c’est que les livres sont dépendants des médias comme outils prescripteurs. On avait la possibilité en ayant déjà notre média identifié de pouvoir en parler au moment où on le souhaitait, sans avoir d’attaché·es de presse. On voulait également que nos lecteurs et lectrices puissent avoir un côté exclusivité, être les premier·es à recevoir le livre de Tal Madesta. Par la suite, en librairie, cela amène un nouvel élan, c’est un autre public. »

La page de préventes du livre de Tal Madesta sur le site de La Déferlante

En librairie, les livres sont une porte d’entrée privilégiée vers la revue.

 « Grâce aux livres, l’histoire prend un nouvel élan. Chez un·e libraire, l’or, c’est l’espace et la visibilité. Et les revues ne sont pas simples à caler parce qu’elles ont souvent des formats contraints. Avec le livre, on revient à un format traditionnel. C’est aussi pour cela que l’on voulait faire une belle couverture avec le livre de Tal Madesta : cela donne envie aux libraires de le mettre en avant. »

Les tournées en librairie sont programmées sur-mesure.

 « Tal Madesta fait souvent les rencontres en librairie de son côté. On ne l’accompagne pas. Mais tout cela est propre aux auteurs et autrices, certain·es sont très à l’aise avec ces rencontres, d’autres moins. Dans ce cas précis, Tal Madesta avait déjà sorti un livre, il connaît bien le principe et les libraires. »

La clé ? Bien s’entourer, prendre soin de son auteur·ice, soigner l’objet et être prêt·e à prendre un risque financier. 

 « Il faut parler avec plein de gens, prendre des cafés, les interroger sur leur métier. La question du contrat est cruciale : quand on se présente en tant que maison d’édition féministe, il y a une question d’équité à prendre en compte. L’économie du livre est très ressérrée, il y a peu d’argent. Quand on lance un livre, on avance tous les frais mais on ne sait pas si cela marchera. Il faut aussi être bien accompagné·e sur la fabrication du livre : prendre soin du papier, de la couverture, de la texture. Il faut également prendre soin de sa relation avec l’auteur·ice : son nom va se retrouver en couverture, c’est d’autant plus important lorsqu’il s’agit d’un essai. »

À quoi ressemble le quotidien d’un·e Chargé·e de relations libraires ?

 « Cela consiste à prévenir les libraires très en amont de la sortie d’un ouvrage, repérer les libraires chez qui on pourrait organiser une rencontre, les mettre en place par la suite... C’est une partie de pilotage stratégique et opérationnel. Par la suite, il faudra que l’on pense à changer d’échelle sur les mailings et la communication. Concrètement, il faut avoir le temps de continuer d’accompagner la sortie du livre de Tal Madesta : actuellement, on va entrer dans la partie cession de droits où il faudra essayer de le sortir en poche, peut-être rechercher une piste audio également. D’un autre côté, il faut préparer les publications à venir : contacter des auteur·ices, leur soumettre des propositions... »

Pour aller plus loin


NDLR : Médianes, le studio, accompagne La Déferlante dans ses développements stratégiques et opérationnels (marketing, design et tech) depuis l'été 2019.

La DéferlanteCheminsmaison d'éditioncrowdfunding

Marine Slavitch Twitter

Marine Slavitch est journaliste chez Médianes. Elle est cheffe de rubrique, en charge de la newsletter de veille.